jeudi 5 mars 2009

Je suis tombée sur un vieil ami via Facebook ce matin...ça fait plus de 20 ans qu'on se connait, c'est dire qu'on a passé à travers certaines guerres ensemble. Grosse dope et tutti quanti. Il m'envoyait régulièrement des chapitres du livre qu'il écrivait de derrière les barreaux de sa cage. Je crois qu'il avait sérieusement merdé en menaçant un policier avec une arme à feu. Il a été chanceux de s'en tirer avec 800 jours de Pen. 2 ans durant, j'ai lu ses confessions et souvenirs d'enfance. Au début, je savais pas quoi faire de cette intimité qui s'installait entre nous. Il livrait des choses très personnelles à propos de son père, de mauvais traitements subis et je me sentais inadéquate à répondre à son amour écorché.

J'ai pris le parti de faire la correction purement formelle, grammaticale de ses feuillets. Je remmettais ses cahiers annotés de rouge à la poste, avec les accords de participes soulignés, des points d'intérogation quand la syntaxe était boiteuse. Au fond, ce qu'il voulait dire prendrait encore plus de force à être précis. Cet ami là a grandi, je parle de son âme. Toujours anti-système, mais il a trouvé une niche pacifique pour être heureux et utile. Il a eu un enfant, je crois que le bonheur qu'il s'accorde aujourd'hui est le produit d'une alchimie qui s'est créée à travers les yeux de son fils. Il a une force tranquille, il a calmé sa bête. Il est fondamentalement heureux. Ma mère m'a dit un jour que ce qui est triste, c'est que certaines personnes sont inaptes au bonheur, ont plus d'aptitude et se sentent vivre dans le malheur et le drame.

Moi je sais qu'on peut faire spiner ses roues et partir sur la route dans un grand burn de pneus vers autre chose. Mon ami aussi l'a compris. C'était tellement bon de lui parler ce matin. Il était assez ému quand je lui ai dis qu'en déménageant j'étais retombée sur ses feuillets. Il a tout perdu quand il a quitté la prison et croyait que son livre en chantier était disparu. Ça a du bon de tout garder, parfois.

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