Ce grand chien gris gardait un port princier. Jamais on n'eut cru qu'il était abandonné. Il acceptait fièrement ce que les mains lui tendaient puis s'enfuyait avant d'être totalement rassasié. S'il lui arrivait de s'endormir, repus, en une quelconque demeure il s'éveillait au matin plein d'angoisse. Il guettait le mouvement des portes et sa chance de retourner aux parfums des ruelles. Retourner errer. Et si un pauvre bougre faisait mine de l'adopter, têtu de bonté, il regardait alors son ravisseur dans les yeux, un regard suffisait, vibrant de haine, retroussant ses babines en un sourire cruel et carnassier. "J'ai mangé de ton pain, maintenant laisse moi passer." On ouvrait alors doucement la porte et lui de repartir le corps bien droit vers ses ombres familières.

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