vendredi 28 novembre 2008

Prévisible, le chien pelé retourne vers cette porte de ruelle où on l'avait déjà accueilli. Des années d'errance solitaire avaient suivi la mort de son maître, un homme au coeur de roche. Depuis, il était l'ombre de l'ombre des ruelles. D'infimes moments de bonheur ponctuaient ses jours, truffe au vent, une odeur, une sensation de chaleur, son âme confuse saisissait la notion de promesse. La plupart du temps c'était assez, mais parfois il s'aventurait jusqu'au pays des hommes, pour un repas plus savoureux, une caresse, le pardon.

Ce grand chien gris gardait un port princier. Jamais on n'eut cru qu'il était abandonné. Il acceptait fièrement ce que les mains lui tendaient puis s'enfuyait avant d'être totalement rassasié. S'il lui arrivait de s'endormir, repus, en une quelconque demeure il s'éveillait au matin plein d'angoisse. Il guettait le mouvement des portes et sa chance de retourner aux parfums des ruelles. Retourner errer. Et si un pauvre bougre faisait mine de l'adopter, têtu de bonté, il regardait alors son ravisseur dans les yeux, un regard suffisait, vibrant de haine, retroussant ses babines en un sourire cruel et carnassier. "J'ai mangé de ton pain, maintenant laisse moi passer." On ouvrait alors doucement la porte et lui de repartir le corps bien droit vers ses ombres familières.

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